Cette année, j’ai eu l’opportunité de participer à mon tout premier rally au Maroc : le Addax Rally, à Merzouga. Contrairement à la majorité des rallyes, celui-ci n’est pas itinérant. Chaque soir, on retourne à l’hôtel. Oui, tu as bien lu : pas besoin de monter une tente sous les étoiles après 300 km de sable dans les dents. Ça, c’est un luxe pour les novices comme moi !

La moto : une « folie » en 125 cc 2T

Alors, soyons honnêtes : mon choix de moto a suscité quelques sourires (et quelques moqueries aussi). J’ai décidé de tenter l’aventure avec une Beta 125 2T, que j’ai transformée en véritable machine de rallye : une selle confort, un gros réservoir, un kit phare digne d’un vaisseau spatial, et un support pour mes appareils de navigation. Autant dire que lorsque j’ai présenté mon projet, beaucoup m’ont pris pour un doux rêveur. “Une 125 dans un rallye ? T’es sérieux ?” Ben oui, et pas qu’un peu.

Heureusement, j’ai pu compter sur le team Edelweiss Racing pour me préparer : physique, mécanique, navigation, tout y est passé. J’étais prêt à prouver qu’une petite 125 pouvait jouer dans la cour des grandes. Et pour pimenter un peu l’aventure, j’ai embarqué mon ami Samuel (du garage Sam’s Workshop à Chavornay). Pas d’assistance, juste nous deux, nos motos et un esprit « Dakar à l’ancienne » — comprendre : débrouille totale.

L’arrivée : petits moyens, grands rêves

Quand on a débarqué sur le parking du rallye, on s’est sentis… comment dire… un peu petits. Des semi-remorques partout, des mécanos en uniforme, des KTM Rally à 50 000 euros en file indienne. Et au milieu de tout ça, notre petit bus et nos deux deux-temps, qui fumaient autant qu’un barbecue mal réglé. Mais peu importe, on était là pour vivre l’expérience, pas pour impressionner.

Le prologue : 25 km de galère

Coup d’envoi, première navigation de ma vie, et… catastrophe. Mon odomètre décide de faire sa crise d’adolescence : il affiche des kilomètres totalement fantaisistes. Résultat ? Impossible de suivre correctement le roadbook. Je finis par suivre d’autres participants, espérant secrètement qu’ils ne soient pas aussi perdus que moi. Je termine dans le milieu du classement, ce qui, vu les circonstances, est un petit miracle.

Spéciale 1 : 147 km de défis et de leçons

Pas le temps de réparer mon odomètre après le prologue chaotique : une barre de céréales et c’est déjà l’heure de repartir. Les premiers kilomètres se passent bien, et je dépasse même quelques concurrents perdus. Mais au waypoint 8, tout bascule. C’est la pagaille générale : personne ne trouve le point, et je finis par perdre complètement ma navigation.

En désespoir de cause, je décide de suivre les leaders, qui roulent plein gaz avec leurs 450. Sur les bouts droits, ma petite Beta donne tout ce qu’elle a un bon 110km/h fond de 6 et dans les sections techniques, je les rattrape grâce à ma légèreté. Mais cette tactique me joue un mauvais tour : je coupe accidentellement une partie du parcours et rate plusieurs waypoints.

À l’arrivée, le verdict tombe : des pénalités me relèguent en fond de classement. Grosse frustration, mais aussi une leçon précieuse : dans le rallye, la navigation compte plus que la vitesse. Ma Beta a montré son potentiel, et je suis déterminé à rebondir dès la prochaine spéciale.

Spéciale 2 : 310 km d’endurance et de camaraderie

Au départ de cette deuxième spéciale, l’anxiété monte. La veille, j’ai passé des heures à ajuster ma transmission pour gagner en vitesse de pointe et à bricoler mon système de navigation pour éviter les décalages d’odomètre. Malgré tout, mes pénalités de la spéciale 1 me trottent dans la tête.

Dès les premiers kilomètres, la navigation se montre capricieuse. J’aperçois un groupe de pilotes qui reviennent en sens inverse, visiblement perdus. Cette fois, je décide de m’en tenir à mon propre cap. Mon instinct s’avère payant, et bientôt, je suis rejoint par un petit groupe qui s’organise en relais.

Le premier ravitaillement, à 130 km, arrive à point nommé. La pause est l’occasion de recharger les batteries, tant pour la moto que pour moi. Là, je fais la connaissance de Henning, un pilote allemand avec un excellent sens de la navigation. Nous décidons de rouler ensemble pour la suite.

Les kilomètres s’enchaînent dans un décor grandiose, alternant pistes rapides, dunes techniques et zones rocailleuses. Avec Henning, on forme une bonne équipe : il excelle en navigation, et ma Beta, légère et agile, passe partout. Ensemble, on garde un rythme soutenu, sans rater de waypoints ni subir de pannes mécaniques.

Mais cette spéciale est exigeante. À l’approche des 270 km, le dos commence à tirer, et la fatigue se fait sentir. Heureusement, l’adrénaline et la satisfaction de franchir chaque waypoint me poussent à continuer.

À l’arrivée, je termine dans le milieu du classement, fier d’avoir surmonté cette longue étape sans accroc. Le soir, au bivouac, après avoir nettoyé mon filtre à air et vérifié ma Beta, je profite d’une séance de physiothérapie bien méritée. Cette spéciale m’a prouvé que le rallye, c’est autant une question de stratégie et d’endurance que de vitesse.

Spéciale 3 : 270 km sous la tempête de sable

Le briefing matinal donne le ton : aujourd’hui, ce sera une étape dantesque. L’organisation nous avertit qu’une tempête de sable s’approche avec des vents violents et une visibilité réduite. Rien de rassurant pour un novice comme moi, mais il en faut plus pour entamer ma motivation.

Nous prenons le départ, espacés de deux minutes. Dès les premiers kilomètres, le vent commence à jouer les trouble-fêtes. Le sable s’infiltre partout : dans les yeux, le nez, et bien sûr, les filtres de la Beta. Après 40 kilomètres, j’aperçois enfin Henning et le rejoint pour le reste de la spécial !

La navigation devient un défi monumental. La visibilité est si réduite qu’on peine à voir plus loin que le garde-boue avant. Chaque waypoint est une petite victoire, arrachée à force de concentration et d’entraide. Dans cette tempête, nos moteurs hurlent, mais on avance coûte que coûte.

À 150 km, nous atteignons le premier ravitaillement. C’est un soulagement, même si le vent continue de s’acharner. Pendant la pause, tout le monde a le visage marqué par la fatigue et les grains de sable incrustés. Mais l’esprit d’équipe est là, et on repart ensemble, déterminés à finir cette spéciale.

La suite se déroule dans un oued, où les rafales rendent chaque mètre parcouru éprouvant. Malgré tout, on garde un bon rythme, mais la visibilité devient si critique que l’organisation finit par interrompre la course après 120 km supplémentaires. C’est une décision sage, mais frustrante.

À l’arrivée, je découvre que cette épreuve de survie m’a hissé à la 13ᵉ place. Un résultat qui me surprend et me motive pour la suite. Au bivouac, l’ambiance est particulière : tout le monde échange ses anecdotes sur cette spéciale infernale, entre grains de sable coincés dans les endroits les plus improbables et pannes causées par des filtres encrassés.

Cette journée m’a appris à garder mon calme, même quand les conditions sont extrêmes. C’est aussi là que j’ai pris pleinement conscience de la résilience de ma petite 125, qui ne cesse de surprendre tout le monde, moi le premier.

Spéciale 4 : 306 km de dunes et de dépassements

La spéciale 4, surnommée l’étape des dunes, est celle que j’attendais avec impatience depuis le début du rallye. La légèreté de ma Beta 125 2T est un atout majeur dans le sable, et je suis prêt à prouver qu’elle peut rivaliser avec les plus grosses machines. Le briefing de l’organisation annonce une étape technique, ponctuée de paysages à couper le souffle, mais aussi exigeante sur la navigation.

Henning, mon camarade allemand depuis la spéciale 2, et moi décidons de rester en binôme. Dès les premiers kilomètres, le terrain change : les dunes se dessinent à l’horizon. Ce sont d’abord des ondulations timides, puis des monstres de sable de plusieurs dizaines de mètres. C’est là que la magie opère : ma petite 125, légère et agile, grimpe les dunes avec une aisance déconcertante, tandis que je double un à un des concurrents en difficulté sur leurs mastodontes.

Le sable est exigeant. Chaque montée demande de l’élan, du timing et une gestion millimétrée de la poignée des gaz. Une erreur, et c’est le plantage assuré. Mais aujourd’hui, je suis en symbiose avec ma Beta : je survole les crêtes, je m’amuse à enchaîner les montées et descentes, et je prends même le temps d’admirer le décor.

À mi-parcours, nous entrons dans une vaste zone de dunes. La navigation devient critique : il n’y a plus de pistes visibles, juste des caps à suivre. Avec Henning, nous alternons les rôles de navigateur, scrutant le roadbook pour ne pas rater de waypoints. Les traces dans le sable commencent à se faire rares, signe que nous avons rattrapé le peloton de tête.

Les derniers kilomètres sont un mélange d’euphorie et de concentration extrême. Les dunes s’enchaînent, et je continue de remonter des places. À 15 km de l’arrivée, je ne vois presque plus de traces devant moi. Je réalise que je suis peut-être parmi les premiers. Cette pensée me donne un coup de boost, et je redouble d’efforts pour terminer en beauté.

Quand je franchis la ligne d’arrivée, l’accueil est incroyable. Les organisateurs et les autres pilotes viennent me féliciter. Ma Beta 125, cette « petite moto » que beaucoup voyaient comme un pari fou, a bluffé tout le monde. Le verdict tombe : 6ᵉ place sur cette spéciale ! C’est mon meilleur résultat depuis le début du rallye, et une immense fierté personnelle.

Le soir, au bivouac, je ressasse cette journée exceptionnelle. Cette spéciale a été la preuve que, dans les dunes, ce n’est pas la puissance qui compte, mais le contrôle, la légèreté et l’endurance. Cette 6ᵉ place me motive pour aborder la dernière spéciale avec une confiance renouvelée.

Spéciale 5 : 150 km, une navigation corsée et un finish épique

C’est le dernier jour de course. Physiquement, je suis épuisé, et ma Beta 125 2T commence à montrer des signes d’usure après une semaine intense. Malgré tout, l’excitation est à son comble : cette spéciale de 150 km, bien que courte en distance, est réputée pour être une des plus techniques en navigation. Il n’y a rien de mieux pour clôturer un rallye.

Dès le départ, je décide de faire cavalier seul. Henning, mon acolyte des spéciales précédentes, part plusieurs positions derrière moi, alors je décide relever ce défi en solo. Avec les enseignements des jours passés, je suis de plus en plus à l’aise avec le roadbook. Les premiers kilomètres se déroulent bien : je passe les premiers waypoints sans problème, le terrain est varié avec des dunes basses, des oueds et quelques passages rocailleux.

Mais la tranquillité ne dure pas. Rapidement, je me retrouve dans une zone où les waypoints semblent jouer à cache-cache. Je ne suis pas le seul : plusieurs pilotes tournent en rond, leurs regards rivés sur leurs instruments de navigation. Après 20 minutes de « jardinage » acharné et quelques mots peu flatteurs à l’encontre des organisateurs (et du sable en général), je prends la décision d’abandonner ce satané waypoint et de suivre un groupe qui semble avoir une meilleure stratégie.

La course devient alors un jeu de navigation collectif. On se relaye, on vérifie nos instruments, et on échange des signes pour s’orienter. À 15 km de l’arrivée, la situation change : une nouvelle zone de dunes se dresse devant nous, et je passe instinctivement en tête. Ma Beta, légère et vive, me permet de prendre de l’avance. Les autres pilotes, avec leurs machines plus lourdes, peinent à suivre le rythme.

Mais juste au moment où je commence à croire à une belle fin de rallye, le sort en décide autrement. Une mauvaise appréciation d’une dune : je baisse les yeux pour vérifier le niveau de mon réservoir, et en relevant la tête, il est déjà trop tard. Je tombe violemment dans un trou de sable et heurte ma tour de navigation avec la tête. Résultat : l’écran de ma tablette de navigation est brisé, et je repars sonner, et avec le nez en sang mais toujours déterminé.

Quelques kilomètres plus loin, nouveau coup du sort : ma moto s’arrête net. Panne sèche. Mon cœur se serre. Mais pas question d’abandonner. J’aperçois au loin un touriste en quad avec un guide berbère. Ni une ni deux, je traîne ma moto jusqu’à eux et, sous le regard perplexe du quadiste, je siphonne un litre d’essence de son réservoir à l’aide d’un petit tuyau caché sous ma selle. En échange de 50 dirhams et un sourire gêné, je récupère juste assez d’essence pour rallier l’arrivée.

Le dernier kilomètre se fait dans un mélange de soulagement et de frustration. J’avais une belle avance avant ces péripéties, mais elles m’ont coûté de précieuses minutes. Quand je franchis la ligne d’arrivée, je découvre que j’ai perdu huit places et terminé 9ᵉ de la spéciale.

Malgré tout, l’émotion est là. Ce n’est pas un podium, mais cette spéciale, et plus largement ce rallye, a été une véritable aventure humaine et mécanique. Ma Beta 125 a tenu bon, et moi aussi.

Le soir, lors de la remise des prix, je repense à ces moments de galère, mais aussi à tout ce que j’ai appris et accompli. Ce n’est que le début : ma petite 125 et moi avons encore de nombreux rallyes à vivre ensemble.

Le bilan : Une aventure inoubliable avec ma vaillante 125

Le Addax Rally, c’est bien plus qu’une simple course : c’est une école de la vie, version sable et huile de chaîne. Je suis parti avec une Beta 125 2T et un projet que beaucoup considéraient comme un doux rêve (ou une grosse folie). Je reviens avec une 10ᵉ place au classement général, des souvenirs incroyables, et une bonne dose de sable dans les bottes.

Naviguer dans le désert, c’est un peu comme jouer à une partie de chasse au trésor… sauf que la carte est un roadbook compliqué, et que le trésor, c’est une ligne d’arrivée parfois insaisissable. Chaque spéciale a été une leçon : de l’improvisation mécanique, de la gestion de la fatigue, et même une initiation au commerce berbère (50 dirhams pour un litre d’essence, ce n’est pas donné, mais dans le désert, c’est le marché qui décide).

Ma petite 125, elle, a été héroïque. Certes, elle a râlé parfois, et il y a eu des moments où elle semblait prête à jeter l’éponge, mais elle a tenu bon. Alors oui, les sceptiques qui m’avaient prédit une galère sans fin avaient un peu raison… mais prouver qu’une 125 peut tenir tête à des 450 dans un rallye aussi exigeant, ça, c’est ma petite victoire.

Ce rallye a aussi été une belle aventure humaine. J’ai rencontré des pilotes incroyables, comme Henning, mon acolyte des spéciales 2 à 4, qui a su m’orienter (et me supporter) dans les moments critiques. J’ai aussi appris qu’en rallye, on ne gagne pas toujours en vitesse pure, mais en stratégie, persévérance, et, parfois, en astuces dignes de MacGyver.

Le Addax Rally m’a marqué à vie, et ce n’est que le début. Avec l’expérience acquise, je suis plus déterminé que jamais à continuer sur cette voie. Prochain défi : préparer ma Beta 125 pour le Morocco Desert Challenge en 2025 et, pourquoi ne pas, viser l’Africa Eco Race en 2026. Le petit 2 temps a encore de beaux jours devant lui, et moi aussi.

En résumé ? Une semaine de sable, de sueur, et de fous rires. Des galères, bien sûr, mais surtout une immense fierté. Le rallye, c’est la vie, avec un moteur qui hurle et un horizon sans fin. Et je suis prêt à remettre ça.

Un pilote d'enduro, équipé d'un casque et d'un masque Leatt, semble fatigué après une course ou une étape exigeante dans le désert. Son visage est marqué par la poussière et une légère blessure au nez, témoignant de l'intensité de l'effort. En arrière-plan, un homme en chapeau discute avec lui, tandis qu'une arche gonflable floue laisse deviner un événement sportif, probablement un rallye-raid. Le sable et le ciel clair confirment l'ambiance désertique.